Nathalie : « 4 enfants = 4 problèmes »

publié le 18 juillet 2017
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J’ai commencé ma carrière professionnelle au sein d’une agence spécialisée en marketing digital. Jeune, motivée, surinvestie, les 4 premières années, tout se passe parfaitement bien… Jusqu’à mon premier congé maternité.

Arrêtée dès 4 mois 1/2 de grossesse, je propose à mon manager de continuer à gérer mes clients depuis mon lit, car je n’ai besoin que d’un téléphone et d’un ordinateur portable avec une connexion Internet (vive le Digital !). Il est ravi. Particulièrement investi professionnellement, moi également ! Et mes clients ne savent même pas que j’attends un heureux évènement (à tel point que 3 de mes clients m’appellent à la maternité pour me féliciter doublement : pour mon accouchement et pour avoir appris en même temps que j’étais enceinte).

Après mon accouchement j’explique à mon manager que je souhaite m’occuper de mon enfant pendant les quelques semaines de congé maternité qu’il me reste, afin qu’il me décharge de la gestion de mes clients momentanément.

Quand je reviens au bureau, je suis reçue par un nouveau manager (restructuration faite pendant mes quelques semaines d’absence). Ce dernier, célibataire, sans enfant et n’en voulant pas me donne tous les clients de l’agence mécontents et sur le point de s’en aller (comme je reviens de congé maternité, il est normal que j’aie les « restes » me dit-il, car « certains ont bossé, pendant que tu étais chez toi »). J’accuse le coup : certains de mes clients importants ont été dispatchés sur les personnes qui, ELLES, n’étaient pas en congé maternité.

Aimant particulièrement mon boulot, je prends contact avec mon nouveau portefeuille et seulement quelques semaines après mon retour, les clients qui voulaient partir restent. Particulièrement satisfaits, ils investissent plus. J’augmente ainsi en moins de 6 mois de 40% le chiffre d’affaires de mon portefeuille client. Mais ce n’est tout de même pas suffisant pour mon nouveau manager, car pour lui « être Maman c’est s’absenter dès que son enfant a le moindre rhume », « être Maman c’est devoir partir à 18h00 le soir pour aller le chercher chez la nourrice »… Il essaie par tous les moyens de me faire donner ma démission. Mais je m’accroche, je reste… Et je fais bien, car un autre manager me repère et me propose un poste plus important à l’étranger, que j’accepte.

2 ans d’expatriation en Espagne. C’est génial ! Je m’éclate et je suis ravie par ce nouveau poste. Je pense que j’ai bien fait de m’accrocher et de ne pas laisser mon ancien manager me dégoûter. Je remercie particulièrement mon nouveau manager qui a su repérer mes compétences et me faire sortir du placard avec un super poste. Malheureusement ce dernier quitte l’entreprise 1 an 1/2 après mon départ en Espagne et je retrouve en manager direct…mon ancien manager. Mes 6 derniers mois d’expatriation sont assez difficiles, alors que le chiffre d’affaires et les résultats sont là.

Lorsque j’apprends par la DRH que l’équipe française souhaite me faire rentrer sur Paris, je propose à mon chéri de mettre le 2ème en route « Ça va être la merde, lui dis-je, autant en profiter pour mettre en route bébé numéro 2 ». Et quinze jours plus tard, je suis enceinte.

Je rentre sur Paris enceinte de 3 mois et 1 semaine. Je dois voir la DRH dès mon retour parisien. C’est parfait, je lui remettrai le document du gynéco. Et là, je tombe de ma chaise (bien que je m’attendais à un retour français difficile, je n’imaginais pas à quelle point il le serait). La DRH m’annonce que comme je suis enceinte, je suis mise à pied pour faute grave. Je me retrouve licenciée à 4 mois de grossesse, sans aucun motif valable, sans indemnités, sans rien… J’engage une procédure prud’homale que je gagne en 2013.

Après toutes ces péripéties en agence, je souhaite m’orienter chez l’annonceur. Je retrouve après mon deuxième congé maternité un poste dans une « startup », filiale d’un grand groupe. Encore une fois tout se passe bien, je recrute une partie de mon équipe et une personne avec qui j’ai déjà travaillé en agence, dans mon ancienne équipe, me rejoint.

2 ans 1/2 après mon arrivée, je tombe enceinte de mon 3ème enfant. Cette fois-ci, sûre de la personne que je connais, que j’ai fait venir et en qui j’ai 300% confiance, je négocie avec la direction afin qu’elle prenne les rennes de mon équipe en mon absence. Je n’ai aucun doute sur la loyauté de cette personne, il n’y aura pas de problème. J’ai confiance en elle. Elle est loyale et honnête : j’en suis sûre ! Je vous laisse deviner la suite… Ni honnête, ni loyale, quelques semaines à peine après mon départ son attitude envers moi change. Elle ne me tient plus au courant de ce qui se passe. Elle ne met plus aucun dossier sur le réseau (et demande à mon équipe d’en faire autant). C’est la black box.

Dans un premier temps, j’essaie de me rassurer en me disant que mes 2 précédentes expériences influent sur ma vision de voir la situation évoluer. Comme j’ai tout de même des contacts avec les personnes de l’entreprise, certains me disent de me méfier d’elle, qu’elle lorgne sur mon poste et qu’elle est en train de mettre en place une stratégie afin de m’éliminer. Je suis dépitée par la situation. Mon enfant vient de naître et encore une fois tout se passe mal.

Je demande à rencontrer la DRH quelques semaines avant mon retour de congé. Nous allons déjeuner ensemble. Je connais la situation mais la laisse venir. A la fin du déjeuner, elle m’explique que je ne pourrai pas récupérer mon poste et mon équipe, car cette personne a monté toute mon équipe contre moi. Elle m’explique qu’elle et le DG souhaitent me garder, qu’ils ont bien compris le manège, mais qu’ils ne souhaitent pas rentrer en conflit avec les délégués du personnel, car suffisamment maligne, elle a mis dans la boucle les syndicats et les délégués du personnel.

Je préfère négocier mon départ. La DRH et le DG me permettent de partir dans de bonnes conditions. La DRH m’explique que cette personne n’aura pas mon poste, car le DG ne la trouve pas assez expérimentée pour discuter avec les membres de la direction. Tout ça…pour ça.

En parallèle, j’ai trouvé un nouveau poste dans une entreprise « traditionnelle » qui souhaite prendre le virage du digital. Je monte une nouvelle équipe avec des personnes que je recrute en interne et des personnes recrutées en externe (fort de ma dernière expérience, j’évite de recruter dans mon entourage). Très rapidement je manage 8 personnes. Au bout d’un an, les résultats sont très encourageants. Alors que le chiffre d’affaires en provenance du digital dans cette entreprise était en force décroissance depuis quelques années (site vieillot, aucun budget, pas de génération de trafic, pas d’expertise digitale regroupée…), nous connaissons à nouveau une croissance à 2 chiffres. Le COMEX et le CODIR sont ravis. Je reçois régulièrement les félicitations de la direction, d’autres équipes, de mes collaborateurs.

En parallèle de mes nombreuses activités, je monte des séances de formation au digital en interne pour toutes les équipes en fonction de leurs besoins. Globalement, mes collègues apprécient mon professionnalisme, mon envie de partager mes connaissances et ma bonne humeur.

Avec mon mari, nous avons toujours voulu une famille nombreuse, mais la p’tite quatrième arrive plus vite que prévu. A peine plus d’un an après mon arrivée dans cette société, je tombe enceinte. Lorsque je l’apprends, ma première réaction est de dire à mon mari que je vais une fois de plus perdre mon emploi, et je me mets à pleurer dans ses bras.

Lorsque je l’annonce à ma direction, elle décide de ne pas me remplacer pendant mon congé maternité. Je propose donc de répartir mon poste sur les 2 seniors de mon équipe. Cependant, j’apprends rapidement qu’une de ces 2 personnes est également enceinte de son 3ème enfant. Ma responsable directe me propose donc de répartir mon poste sur elle et sur la senior de mon équipe qui n’est pas enceinte. La senior de mon équipe gérera au quotidien l’équipe, les projets… Et ma responsable sera en charge des présentations COMEX, CODIR ainsi qu’à l’international.

Pendant ma grossesse, je suis plutôt en forme. Je décale mon départ en congé maternité de 15 jours, afin de montrer ma motivation et mon souhait de m’investir dans mes missions malgré une grossesse.

Pour ce 4ème enfant, je m’absente 8 mois. Pendant cette absence, mon manager et la senior de mon équipe rentrent régulièrement en contact avec moi afin de me tenir informée, mais également afin de me demander des validations, voire la production de certains documents, ce que je fais toujours avec plaisir.

A la fin de mon congé maternité, ma supérieure hiérarchique me fait part d’un poste qui s’ouvre à l’international où elle me conseille fortement de postuler. Elle me propose même de m’entraîner à parler anglais, m’aide à préparer mon entretien téléphonique. C’est bien plus tard que je comprendrai que cet engouement était en réalité une façon de me faire partir de mon poste par la grande porte. Malheureusement, ma candidature n’est pas retenue.

Je reviens donc à mon poste fin Mai 2016, après 8 mois d’absence. Ma N-1 me fait comprendre qu’elle ne souhaite pas voir ses missions se restreindre, alors que j’essaie de retrouver ma place au sein de mon équipe. Très rapidement, ma manager essaie de discréditer mon travail. Quelques semaines après être rentrée de congé maternité, j’améliore considérablement les résultats d’un site. Elle demande à une personne de mon équipe de réaliser une analyse sur mon travail afin d’essayer de prouver que je n’ai rien à voir avec ces bonnes performances. Elle me vire d’une réunion qu’elle fait avec cette personne et la senior qui m’a remplacée pendant mon congé maternité pour parler du travail que j’ai réalisé. Je trace par mail cette situation et demande un entretien formel avec la RH et ma manager afin d’éclaircir cette situation.

J’en suis très affectée et mon neurologue décide de m’arrêter 5 semaines. Pendant ce temps, les résultats du site en question baissent à nouveau. A mon retour, un entretien avec la RH et ma manager a lieu. Elles me disent que tout va bien et que je peux reprendre sereinement mon poste. Cependant, dès la semaine suivante, ma manager met en place tout une série d’actes de harcèlement allant de simples phrases orales du type « avec 4 enfants tu devrais réfléchir à trouver un poste plus tranquille » à des mails dans lesquels elle insinue que je ne sais pas gérer mes priorités, que je ne suis pas un bon manager, que je ne sais pas travailler dans une grande entreprise. Lorsque je lui demande des exemples et des faits concrets ou que je lui démontre que ce qu’elle écrit est faux, je n’ai aucun retour de sa part. Elle me met volontairement de côté, s’adressant directement à mon équipe, leur donnant des directives contraires aux miennes, modifiant leur planning de prod sans que j’en sois informée. Lorsque je tente d’en discuter avec elle, elle m’explique que c’est aussi son équipe et que par conséquent elle fait ce qu’elle veut. Que c’est à moi de me tenir informée auprès de mon équipe.

Après quasiment 5 mois de harcèlement quotidien, je craque et me rends à l’infirmerie de l’entreprise. C’est l’infirmier après avoir lu les échanges de mails qui me fait prendre conscience que je subis depuis mon retour de congé maternité du harcèlement et que ma manager ne souhaite plus travailler avec moi et souhaite me faire partir. Pour lui c’est clair comme de l’eau de roche : « Elle veut votre départ ».

Maintenant, je suis armée. Je comprends mieux la situation et je suis prête à me battre. Je trace toutes les discussions orales par mail. Par exemple, lorsqu’elle me dit à l’oral que je travaille trop bien et qu’il faudrait que je dégrade mon travail, je joue à la blonde et lui fait un mail où je lui dis que je ne comprends pas ce qu’elle m’a dit et que cela risque de mettre en péril ma carrière dans cette société.

Fin Novembre tout s’accélère lorsqu’elle me remet une lettre du DRH signifiant que ma journée de télétravail sera supprimée car je cite « ma présence dans les locaux est essentielle ». Ce jour-là, entre 4 yeux, je lui dis qu’elle peut continuer ses techniques de harcèlement, mais que je ne donnerai pas ma démission. 4 jours plus tard, je reçois dans ma boîte aux lettres une convocation pour un entretien préalable à licenciement. En 4 jours je suis passée « d’essentielle » (pour justifier l’arrêt d’une journée de télétravail) à « il faut la dégager ». L’entretien préalable au licenciement est tellement mal préparé que ma manager lit mot pour mot tout ce qui a été rédigé avec la RH avant l’entretien. A la fin de l’entretien, on ne sait pas trop ce qu’elle me reproche, c’est fouillis, confus.

3 jours plus tard, je suis convoquée à 16h dans le bureau de la RH qui m’annonce qu’une lettre de licenciement m’a été envoyée et que je suis dispensée d’activité. Je n’ai pas le droit de faire mes adieux à mon équipe, ni de leur dire au revoir. Je dois quitter l’entreprise à la veille de Noël, comme une voleuse, comme si j’avais commis un acte monstrueux.

Lorsque mon équipe apprend mon départ, ils sont tous choqués (sauf la senior qui m’avait remplacée pendant mon congé maternité, et qui est promue officiellement à mon poste moins de 2 jours plus tard). Je reçois de nombreux mails ou appels de collègues qui ne comprennent pas mon départ. Certains sont choqués, d’autres tristes…

Je passe quelques mois abasourdie par cette dernière expérience. J’y réfléchis, j’en parle, j’y pense… Et je me dis que le meilleur moyen de faire changer les mentalités sur ce sujet est peut-être d’en parler, de témoigner, d’écrire un livre sur le sujet…

Nathalie

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